Abbaye Saint-Chaffre du Monastier

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La vie des Moines de Saint-Chaffre

“Combien est heureuse la vie des moines ! Agréable à Dieu, digne d’être aimée par les anges, honorée par les hommes. Celui qui la vit fi dèlement parmi les hommes, sans aucun doute, régnera heureusement parmi les anges.”
Alcuin (conseiller de Charlemagne)

L’Abbaye Saint-Chaffre du Monastier compte dans ses murs à l’époque de son apogée sous Guillaume III et IV, une centaine de moines, 426 avec ses possessions (P.R. Gaussin). Elle est riche et puissante. De ses nombreux domaines et dépendances, elle tire d’importants revenus agricoles mais génère également dans le pays une intense activité économique. L’abbaye possède d’importants troupeaux de moutons qui transhument l’hiver vers les basses terres du midi où elle exploite également la vigne.

L’activité artisanale n’est pas en reste. Le travail de la laine pour les vêtements, du suif pour les chandelles, des peaux notamment de chèvres pour les parchemins, permet à cette communauté élargie aux laïcs de prospérer.
L’Abbaye fait également office de banque prêtant de l’argent aux laïcs qui la sollicitent, prenant les terres en gage lors de leur départ pour les croisades.

Mais le moine bénédictin est d’abord un homme tourné vers la spiritualité. Par vocation ou par oblation (lorsque les parents offrent l’un de leurs fi ls à l’abbaye) le moine s’engage à vivre sa vie durant selon la règle bénédictine rédigée au sixième siècle par Benoît de Nursie pour sa propre Abbaye du Mont Cassin. Réaménagée par Benoit d’Aniane au neuvième siècle elle deviendra la règle générale de toute la chrétienté à cette époque.

Saint Benoit
Benoît de Nurcie est né en 490 de parents aisés qui le destinent à une carrière administrative. Mais après avoir vécu en ermite, il s'installe en 534 au Mont Cassin où il fonde un monastère selon une règle qui deviendra "la règle monastique de Saint Benoit" pronée par le pape Grégoire le Grand et qui donnera naissance à la grande famille bénédictine: Chalaisiens, Célestins, Clunisiens... Cette règle, pourtant beaucoup moins dure que d'autres, fera l'objet de nombreuses réactivations suite à des dérives plus ou moins importantes, notamment par le fils de Charlemagne Louis le Pieux (817).
Très développé en France, l'ordre de Saint Benoît s'est aussi répandu en Allemagne et en Angleterre. D'abord réservé aux hommes, il sera proposé aux femmes par Sainte Scolastique dès le VIè siècle (les Moniales)

Les fondements de la vie monastique :

La vie quotidienne des moines bénédictins:

La prière

La vie du moine bénédictin est rythmée par la prière commune : aux huit heures du jour et de la nuit : les nocturnes ou vigiles pendant la nuit, puis du petit matin jusqu’au soir : les laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies et la messe solennelle avant le coucher. Le contenu liturgique de ces offices est entièrement chanté ; il est constitué essentiellement par des psaumes contenus dans le psautier chanté intégralement au cours de la semaine. La lecture des textes sacrés succède aux prières. Enfin le moine réserve le reste de son temps à l’étude et aux lectures.

Le repas

Le repas est pris en commun au réfectoire. Les moines doivent observer le silence pendant qu’un moine lecteur lit un texte pieux. Les moines bénédictins ne prennent en général qu’un repas par jour servi en milieu d’après-midi ou le soir, sauf durant la période de Pâques au 13 septembre, où un autre repas est permis : la “coena”servie le soir. La règle de saint Benoit n’interdit pas la consommation de vin pendant le repas s’il est consommé avec modération, soit une hémine par jour (0.25l) De la vallée du Rhône et du Languedoc, (régions déjà réputées pour leur production viticole, et depuis lesquelles ils se ravitaillaient), les moines de Saint- Chaffre devaient apprécier ce délicieux breuvage qui ne pouvait que se bonifi er dans les caves de l’abbaye. Arrivaient alors à l’Abbaye Saint-Chaffre, chaque année, 300 muids (de 270 à 600 l chacun) soit un total de 100 000 litres en moyenne, dont la plus grande partie était destinée à être commercialisée (P.R. Gaussin). Le prandium ou repas principal se compose de trois plats plus une livre de pain : ration de fèves, lentilles ou pois secs ; puis plat de consistance à base de poisson, oeufs, fromage ; le dessert est composé de fruits.

L’habit : le froc, de couleur noire

C’est un large manteau aux manches amples porté sur la coule. La coule ou cuculle est un large vêtement à capuche couvrant les bras et descendant du cou jusqu’aux pieds. Les moines portent parfois la pelisse : manteau de fourrure fort utile l’hiver. Les chausses : caleçons longs, les chemises de laine, le chaperon de fourrure composent également la garde-robe du moine bénédictin.

Les novices

Ce sont les candidats à la “profession”en période de formation. Agés de 15 à 18 ans, leur entrée dans le noviciat est l’occasion d’une cérémonie solennelle dans la salle capitulaire. Ils subissent la tonsure et revêtent les habits monastiques avant d’être confi és au maître des novices avec lequel ils s’initieront à la règle.

Les moines profès

Ce sont les anciens novices qui font profession en s’engageant solennellement à respecter leurs voeux.

Le chapitre

Chaque matin, après prime ou tierce en hiver, les moines de choeur ou moines profès se réunissent dans la salle capitulaire pour y prendre les décisions importantes concernant la vie de la communauté, élire également leur abbé. Les convers et les novices n’y participent pas.

Les moines convers

Aux Xème et XI ème siècles, le terme de conversi désigne ceux qui se sont convertis à la vie monastique. Par la suite, il se rapporte exclusivement aux religieux chargés des tâches manuelles : travaux agricoles et tâches ménagères. Souvent issus de la classe paysanne, souvent illettrés, ils étaient soumis à une discipline moins stricte.

Le cellérier

Le cellérier gère l’administration temporelle de l’Abbaye : gestion des biens, approvisionnement, confection des repas des moines, prise en charge des hôtes mais également des malades. C’est le grand intendant, l’économe de l’abbaye.

Les moines copistes

C’est sur des parchemins fabriqués à partir de peaux de chèvres que les moines copistes de Saint-Chaffre écrivaient les textes, certainement enluminés, qui figuraient sur le cartulaire de l’abbaye, malheureusement disparu.

Le culte des reliques

Les reliques sont constituées des restes de sépultures ou d’objets ayant appartenu au martyr souvent en relation directe avec son supplice. C’est un rite très ancien qui associe le culte des morts à un besoin de surnaturel et de magie.

Saint Chaffre busteLe culte des reliques s’est développé surtout en occident. Au Xème siècle , on attribuait aux reliques une puissance, une “virtus” qui faisait d’elles des objets de vénération et qui, par leur simple présence dans un temple, ou par contact de la main pouvait permettre l’accomplissement de miracles, à l’exemple de celles de Calmin dans la châsse de Mozac ou celles de saint Chaffre et saint Eudes déposées dans le buste reliquaire exposé dans la salle du trésor au Monastier.
La présence des reliques d’un saint le plus souvent martyr, contribuait à la renommée du
monastère qui les possédait. Le trésor de l’abbaye Saint-Chaffre aurait renfermé au Xème
siècle cinq châsses contenant, entre autres, les restes de saint Chaffre et saint Eudes
(Viviane Huchard)
Les reliques, exposées dans des reliquaires, étaient présentées aux fidèles lors des processions pour les grandes fêtes liturgiques.
Le livre rouge (cartulaire) mentionne une translation de reliques en 951. Les vols de reliques étaient fréquents et les moines n’hésitaient pas à se livrer à ces actes répréhensibles. Ainsi les reliques de sainte Foy de Conques, dérobées en 886, firent
cependant la renommée de ce célèbre monastère. Il fut reproché également à l’Abbaye Saint-Chaffre de s’être appropriée illégalement les reliques de saint Fortunat, et Guillaume III dut les restituer sur ordre de l’abbé Hugues de Cluny, aux clunisiens de Charlieu.


LE CARTULAIRE DE SAINT-CHAFFRE

Les documents et témoignages historiques concernant l’Abbaye Saint-Théofrède sont malheureusement rares et lacunaires. Il reste cependant en possession des historiens plusieurs documents riches d’enseignement dont le fameux cartulaire de l’abbaye, ou tout au moins des copies.

cartulaireLa vie temporelle de l’abbaye au fur et à mesure de son développement, des fréquentes donations dont elle bénéficiait, de sa gestion quotidienne, était consignée dans des chartes. L’abbé Guillaume IV donna ordre de rassembler
en un seul ouvrage les différentes pièces des événements qui ponctuaient la vie de l’abbaye. Ce cartulaire composé de plus de 400 actes et rédigé probablement au début du douzième siècle, a malheureusement disparu.Une transcription rédigée par Ulysse Chevalier à la fi n du XIXème siècle, à partir de copies du XVIIème a permis d’en sauvegarder l’essentiel. Une préface rappelle les événements fondateurs traditionnellement admis ainsi que la mémoire hagiographique de l’abbaye Saint-Chaffre.
De ce “livre rouge” comme on l’appelait alors : “bel ouvrage, digne miroir d’une belle abbaye” (M.C. Merle- Comby), nous sont parvenues, grâce au chanoine Ulysse Chevalier, des copies datées du XVIIème siècle. Sa reconstitution : “Chronikon–Chartularium” fut publiée en 1884.
Le cartulaire original, qui portait le titre de “Liber de reparatione chartarum” était encore à l’abbaye en 1676.

La transhumance des troupeaux de Saint-Chaffre (Franck Brechon in "les bénédictins de Saint-Chaffre du Monastier")
Les alentours du monastère présentaient des herbages d'excellente qualité, mais l'altitude et le climat limitaient leur utilisation à une période trop courte pour permettre l'hibernation de troupeaux importants qui aurait exigé des coupes et des surfaces de conservation considérables. Aussi, les troupeaux descendaient dans des paturages d'hiver en vallée du Rhône. Les troupeaux parcouraient entre 60 et 70 km (à vol d'oiseau) par les "drailles" dont la principale passe par la haute vallée de l'Ardèche vers Aubenas, puis traversait le massif du Coiron pour atteindre le Barrès. Un autre chemin probable car plus court, mais non attesté passe par Privas et Chomérac. Il fallait compter 5 jours de marche. Ce type de transhumance est attesté dès le début du XIIIè siècle par des baux de location.
Pendant le voyage, les troupeaux traversaient des propriétés (mandements) et ils devaient payer des droites de "pulverage", d'où l'intérêt pour les moines de Saint-Chaffre de négocier avec les propriétaires (en général d'autres abbayes comme celle de Mazan) ou, mieux, de posséder les dits mandements soit en les achetant, soit en se les faisant donner.

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